Le Maroc remplace progressivement l’asphalte noir par des chaussées perméables dans des villes comme Marrakech et Agadir. Ces revêtements poreux, qui laissent l’eau s’infiltrer au lieu de la canaliser vers les égouts, affichent des résultats prometteurs: des températures de surface jusqu’à 16°F (environ 9°C) plus basses que le bitume conventionnel. Une innovation qui s’inscrit dans une stratégie plus large de résilience climatique.
Le phénomène d’îlot de chaleur urbain est bien connu des citadins. L’asphalte noir absorbe l’énergie solaire en journée et la restitue sous forme de chaleur, créant des micro-climats insupportables. Lors d’un essai pilote en Arizona cité par l’Agence de protection environnementale américaine, l’asphalte conventionnel atteignait environ 152°F à midi, tandis que les surfaces traitées restaient 10 à 16°F plus fraîches. Le simple acte de traverser un parking par temps chaud devient un exercice éprouvant.
Comment fonctionne le revêtement poreux
Contrairement à l’asphalte traditionnel qui forme une couche étanche, la chaussée perméable contient des espaces interconnectés permettant à l’eau de pénétrer la base de pierre et, selon les conditions du sol, de s’infiltrer dans le terrain. Ce n’est pas simplement un détail technique: c’est un changement radical dans la gestion de l’eau urbaine.
Une fois l’humidité stockée sous ou à l’intérieur de la surface, une partie s’évapore. L’évaporation consomme de la chaleur, de la même manière que la sueur refroidit le corps humain. Ce processus abaisse donc les températures du revêtement tout en ralentissant le ruissellement soudain lors de fortes pluies. La réduction du ruissellement joue un rôle crucial dans les villes où les événements climatiques extrêmes se multiplient.
Cependant, la recherche révèle une limite importante. Selon des travaux synthétisés par l’Université Rutgers, le béton perméable restitue 25 à 30% moins de chaleur que le béton conventionnel les jours suivant une pluie, mais pourrait libérer légèrement plus de chaleur lors de journées sèches et ensoleillées. Le bénéfice de refroidissement dépend étroitement de l’humidité, de la conception et des conditions locales-autrement dit, une solution sur mesure plutôt qu’universelle.
L’expérience marocaine: un programme plus vaste
Les rapports disponibles décrivent des expériences limitées portant sur certaines surfaces urbaines, non une suppression généralisée de l’asphalte noir à l’échelle nationale. Aucun inventaire public ne détaille le nombre exact de rues traitées, d’où l’importance de ne pas surestimer l’ampleur actuelle.
Ces essais s’inscrivent dans un mouvement plus large. Le programme Marrakech Sustainable City, lancé en 2023, associe le ministère marocain de la Transition énergétique et du Développement durable, les autorités locales, le Programme des Nations unies pour le développement et le Fonds pour l’environnement mondial. L’objectif: améliorer la résilience climatique, la mobilité, la gestion des déchets, la biodiversité et l’efficacité énergétique.
Le programme bénéficie d’un financement de 9,5 millions de dollars du Fonds pour l’environnement mondial et devrait bénéficier directement à plus d’1 million de personnes. Les expériences de revêtement poreux constituent un outil parmi d’autres dans cet agenda plus large, illustrant comment l’infrastructure ordinaire peut devenir un vecteur de transition climatique.
Refroidissement urbain: promesses et défis locaux
Enjeux thermiques et limitations saisonnières
La température demeure le défi climatique majeur des villes côtières marocaines. Marrakech et Agadir, exposées à des chaleurs extrêmes en été, cherchent à atténuer les pics thermiques qui mettent à strain les réseaux d’électricité et de santé publique. Une réduction de 9 à 16°C sur les surfaces traitées représente un gain appréciable.
Or, cette efficacité thermique n’est pas constante. En climat tempéré à quatre saisons, comme étudié dans des recherches comparatives, les revêtements perméables brillent après les précipitations mais perdent partiellement leur avantage lors de périodes sèches prolongées. Au Maroc, où les cycles saisonniers diffèrent, l’efficacité réelle dépendra du régime pluviométrique régional et du taux d’humidité ambiante. Le refroidissement par évaporation fonctionne mieux quand l’air est moins saturé-un atout dans l’intérieur marocain, mais un handicap relatif en côte où l’humidité maritime est élevée.
Les données de Rutgers suggèrent que le design du revêtement et la profondeur de la base minérale jouent des rôles décisifs. Un revêtement mal proportionné risque de saturer, perdant ainsi sa perméabilité. L’entretien régulier devient alors critique-un coût que les municipalités marocaines devront anticiper. Ces pilotes limités permettront précisément de tester la durabilité et les modalités d’exploitation avant une éventuelle montée en charge.
Le Maroc refroidit ses villes par la porosité
- Le Maroc teste des chaussées perméables dans Marrakech et Agadir, réduisant les températures de 9 à 16°C.
- L' asphalte noir atteint environ 152°F (67°C) en plein jour contre 136-142°F pour les surfaces traitées.
- Le béton perméable restitue 25-30% moins de chaleur après la pluie mais légèrement plus par temps sec.
- Le programme Marrakech Sustainable City, lancé en 2023, dispose d' un financement de 9,5 millions de dollars.
- L' efficacité de refroidissement dépend étroitement de l' humidité locale et du design du revêtement.
- Les essais pilotes restent limités en surface et visent à valider la durabilité avant une montée en charge.
Sources
- The country decided to replace black asphalt with a pavement that acts like …
- An innovative project in neighbouring Morocco is raising an interesting …
- Morocco tests a pavement that cools streets and reduces flooding
- Morocco Wants to Rethink Its City Streets to Fight Extreme Heat
- The Thermal Impact of Various Pavement Materials on Outdoor Temperature in a Temperate Four-Season Climate: A Case Study of Arak City, Iran – Clean Energy and Sustainability – Full-Text HTML – SCIEPublish
