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Trois films aux univers contrastés arrivent au cinéma : Fjord, Paradise et Oklahoma Honey

Trois films très différents arrivent au cinéma cette semaine, du 18 août 2026. Fjord, palme d’or du Festival de Cannes, interroge les tensions entre progressisme et conservatisme dans une communauté norvégienne. Paradise explore l’absence paternelle à travers deux destins séparés par un océan. Oklahoma Honey mélange bluegrass, polar et western avec Matthew McConaughey en apiculteur des plus atypiques.

La programmation cinéma de cette semaine offre un panorama édifiant: elle oppose le drame d’auteur pensant et le cinéma de genre plus léger, l’introspection psychologique au scénario de braquage. Entre ces trois propositions, difficile de trouver un terrain commun – sinon peut-être que chacune, à sa façon, explore les fêlures de nos sociétés contemporaines.

Fjord, quand Cannes provoque le débat

Le film qui devrait dominer les conversations cette semaine, c’est Fjord, le drame de Cristian Mungiu primé à Cannes. Et pour cause: le réalisateur roumain n’y va pas par quatre chemins. Son sujet? Un couple roumano-norvégien qui quitte Bucarest pour s’installer au fin fond d’un fjord norvégien, accompagné de ses cinq enfants. Mihai trouve un emploi d’informaticien, Lisbet accepte des travaux peu glorieux – toilettes mortuaires, soins aux personnes âgées – tout en allaitant son bébé. Les Gheorghiu sont pieux, rigoristes. Jusqu’au moment où une professeure de gym détecte des bleus sur le corps d’Elia, la fille aînée. Signalement, enquête: la justice norvégienne, nous dit le critique, « ne s’embarrasse pas de preuves ». Les enfants sont placés en famille d’accueil. Lisbet, elle, se retrouve contrainte de tirer son lait pour un bébé qu’on lui retire.

Ce qui rend Fjord redoutable – et pourquoi il mérite qu’on le voie -, c’est que Mungiu refuse l’affrontement manichéen. Il ne renvoie pas dos à dos progressistes et conservateurs: il les fait se rencontrer, se parler, se disputer. La dynamique du film repose sur un dialogue de sourds où l’incompréhension domine, mais où chaque camp énonce sa logique. Les certitudes du « camp du bien » vacillent. Durée: 2 heures 26 minutes. Note du Figaro: 3,5 sur 4.

Paradise, deux destins unis par l’absence

Sur un registre moins politique mais tout aussi psychologique, Paradise du réalisateur québécois Jérémy Comte propose un exercice de mise en parallèle délibérée. Un océan sépare Tony et Kojo: le premier grandit au Québec avec sa mère célibataire, le second au Ghana où il rêve d’argent facile. Aucun lien apparent entre ces deux jeunes. Et pourtant, ils partagent un vide identique: l’absence du père.

Pour Kojo – incarné par Daniel Atsu Kukporti avec ce que la critique appelle une prestance « habitée » – ce vide se manifeste par l’image obsédante d’un bateau en feu dont son père aurait repêché un passager. Le gamin fasciné par des distributeurs d’argent dans la rue devient adolescent fumant des joints et expérimentant l’illégalité. Tony, de son côté, incarné par Joey Boivin-Desmeules, suit un chemin parallèle avec ses amis skateurs, dans une Chantal mère monoparentale qui discute avec un amoureux au téléphone.

Comte structure son film en trois parties et oscille en permanence entre réalisme et onirisme, dans une lumière très travaillée. Ce qui surprend les spectateurs jusqu’à la fin du premier tiers, c’est une « machinerie implacable » dont le synopsis ne laisse rien soupçonner – une spirale des temps modernes préférable à ne pas spoiler. Durée: 1 heure 33 minutes. Note du Figaro: 3 sur 4.

Oklahoma Honey, quand McConaughey rencontre le miel volé

Sensiblement plus légère en apparence – mais piégée -, Oklahoma Honey du réalisateur Andrew Patterson débute de façon presque documentaire. Amziah King, incarné par Matthew McConaughey, est apiculteur de profession et bluesman à ses heures perdues. Une session d’improvisation guitare-banjo endiablée ouvre le film quand la police interrompt les musiciens. Vingt bidons de miel volés ont été retrouvés. Peut-on en retracer l’origine?

Mais là où Oklahoma Honey change de cap, c’est quand les cheveux d’un musicien se coincent dans une machine, le laissant scalpé. S’ensuit une quête délirante pour récupérer cuir chevelu et tignasse: le film abandonne ses intermèdes musicaux pour virer au polar de braquage audacieux et malin. La matière en jeu n’est plus l’or: c’est le miel, qui « suscite les convoitises » dans la campagne reculée d’Oklahoma.

McConaughey porte le film puis s’éclipse progressivement, laissant les manettes à sa partenaire Angelina LookingGlass – dont c’est le premier rôle au cinéma. De là découle cette quête fantasque qui s’aventure dans les bois et les marais, mi-western musical, mi-caper movie. Durée: 2 heures 10 minutes. Note du Figaro: 2,5 sur 4.

Trois visions du monde, trois démarches cinématographiques

À titre de synthèse: cette semaine cinéma oppose trois rapports au réel. Fjord affronte le réel politique de front, en dialogue conflictuel. Paradise l’interroge par le détour de l’introspection psychologique et du parallèle caché. Oklahoma Honey le désarticule par le divertissement, la fantaisie tonale et l’absurde. Aucune hiérarchie entre ces approches – elles répondent simplement à des appétits différents. Celui qui veut réfléchir trouvera matière dans Fjord, celui en quête d’émotion travaillée dans Paradise, celui qui souhaite se laisser porter par l’étrangeté aura Oklahoma Honey.

Marion Landry
Marion Landry
Je suis le rédactrice en charge du divertissement chez Anecdotes. Je me concentre sur les nouvelles, les articles et les interviews de certains des plus grands noms du cinéma et de la télévision.

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