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Hideaki Anno raconte la haine en ligne contre Evangelion dans les années 90: J’ai pensé sauter

Hideaki Anno dit avoir envisagé de se suicider après une vague de haine en ligne déclenchée au Japon lors de la diffusion de Neon Genesis Evangelion. Le réalisateur le raconte dans une interview accordée à NHK, où il revient sur une période qu’il décrit comme particulièrement violente, sur fond de dépression.

Le contraste est frappant avec l’image actuelle de la série. Evangelion est aujourd’hui présenté comme un classique, souvent cité comme une œuvre majeure de l’animation japonaise. Mais au moment de sa sortie, l’accueil a aussi pris la forme d’une polémique durable, jusqu’à transformer internet, à l’époque, en caisse de résonance d’attaques personnelles visant directement son créateur.

Sur internet, un fil consacré à comment tuer Hideaki Anno

Dans l’entretien, Anno explique qu’un fil de discussion en ligne portait sur les façons de le tuer. Il décrit des messages détaillant les meilleures manières possibles de le faire, avec des propositions répétées sur la méthode. Selon ses mots, cette lecture a marqué un point de rupture.

Le problème n’est pas seulement l’existence de critiques contre une œuvre. Ce qu’il raconte relève d’une logique de harcèlement, centrée sur la personne. Anno dit que ces messages l’ont conduit à ne plus se soucier de tout, même de faire de l’anime. Une phrase qui dit l’ampleur de la dégradation, quand la violence du débat public finit par atteindre le cœur du travail.

Autre point. Le réalisateur précise qu’il était alors diagnostiqué avec une dépression. Dans ce contexte, l’accumulation de menaces et de propos haineux prend une dimension encore plus dangereuse. La frontière entre pression professionnelle et risque vital devient mince.

Une fois devant une voiture, une fois depuis la toiture

Concrètement, Hideaki Anno raconte avoir eu des pensées suicidaires liées à cette période. Il dit avoir envisagé de se jeter devant une voiture. Il dit aussi avoir pensé à se jeter depuis la toiture de l’entreprise. La phrase qui sert de titre à l’article d’origine résume cette séquence, et donne la mesure de la crise traversée.

Ce récit, livré à NHK, pose une question directe sur le coût humain de certaines dynamiques de fandom et d’hostilité en ligne. Quand une œuvre devient un objet de débat total, l’auteur peut se retrouver traité comme une cible, pas comme un professionnel critiquable. Et après? Les mots restent, les captures restent, la pression s’installe.

Dans cette affaire, Anno ne raconte pas une simple mauvaise passe. Il décrit un moment où l’idée même de continuer à créer s’effondre. Ce point est central, parce qu’il relie la violence des attaques à un risque de renoncement complet, artistique et personnel.

Mourir m’était égal, mais la douleur l’arrêtait

NHK lui demande ce qui l’a empêché de passer à l’acte. La réponse d’Anno est frontale. Il dit que mourir lui était égal, mais qu’il n’aimait pas l’idée de souffrir avant de mourir. Une formulation sèche, presque clinique, qui souligne l’état mental qu’il décrit à ce moment-là.

Ce passage frappe aussi par ce qu’il révèle sur la perception du risque. L’obstacle n’est pas une perspective d’avenir ou un attachement à la vie, dans sa réponse. C’est la crainte de la douleur. Cela raconte une forme de détachement extrême, cohérente avec ce qu’il dit plus tôt sur le fait de ne plus se soucier de rien.

Reste un détail. Le récit est livré des années après, dans un cadre médiatique posé, avec une distance apparente. Mais il conserve une brutalité intacte, parce qu’il s’appuie sur des scènes concrètes et sur une logique de harcèlement explicite. La violence n’est pas suggérée, elle est décrite.

Evangelion, de la polémique à l’écoute d’un témoin

Le texte d’origine insiste sur l’évolution de la perception publique: Neon Genesis Evangelion est aujourd’hui entouré d’un fort attachement, alors qu’il a été vécu comme une œuvre polémique lors de sa diffusion au Japon. Ce décalage éclaire un mécanisme fréquent: une création peut être réévaluée avec le temps, pendant que les dégâts sur les individus, eux, ont déjà eu lieu.

Dans le récit rapporté, Hideaki Anno apparaît aussi comme quelqu’un à écouter sur ces sujets, précisément parce qu’il a traversé une crise majeure liée à la réception de son travail. Le propos ne transforme pas l’auteur en figure abstraite. Il le replace dans une réalité: celle d’un créateur exposé, fragilisé, et confronté à des appels à la violence.

À cela s’ajoute une idée simple: la haine en ligne n’est pas un bruit de fond sans conséquence. Dans cette histoire, elle s’incarne dans un fil de discussion qui détaille des façons de tuer un individu, et dans l’effet psychologique que cette lecture produit sur lui. Le résultat, selon Anno, tient en une phrase: il avait eu assez.

Plusieurs décennies après, il est présenté comme un référent dans l’industrie, et comme une voix crédible quand il s’agit de parler de santé mentale et de violence numérique. Son témoignage, tel qu’il est rapporté, rappelle un fait brut: la trajectoire d’une œuvre culte s’est aussi écrite au prix d’une période où son créateur a frôlé l’irréparable.

Mathieu Charron
Mathieu Charron
Mon expérience m'a amenée à couvrir les jeux sur console et PC, ainsi que le matériel de jeu, pendant plus de sept ans. Pour Anecdote, il est chargé des critiques, des meilleures listes et du fonctionnement général du site . Il se passionne pour les jeux de simulation étranges, les grands jeux de rôle en monde ouvert et les jeux indépendants bien conçus. En fait, il aime tous les jeux!

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