Sortie mercredi 14 octobre 2026, la nouvelle adaptation cinématographique des Misérables de Victor Hugo déploie 34 millions d’euros et 3 500 figurants pour raconter le destin de Jean Valjean. Mais ce blockbuster français transforme l’épopée littéraire en film d’action débridé, où même la présence de Camille Cottin et Benjamin Lavernhe en Thénardier burlesques ne suffisent pas à l’en sauver.
Fred Cavayé prend les rênes de ce projet colossal. Le réalisateur d’Adieu monsieur Haffmann et d’À bout portant ne s’embarrasse guère de fidélité: ce qui était roman publié en 1862 devient une suite frénétique de cascades, courses-poursuites et bains de sang. Vincent Lindon incarne Jean Valjean, libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, déterminé à refaire sa vie. Tahar Rahim joue l’inspecteur Javert, qui l’accuse d’avoir volé un sou à un ramoneur et le poursuit jusqu’à Paris, où Valjean tente de s’établir discrètement avec sa fille adoptive Cosette, incarnée par Morgan Northam.
Thénardier transformés en duo comique
Le projet opère un tournant esthétique radical sur les couple des aubergistes. Camille Cottin et Benjamin Lavernhe les endossent pour la première fois côte à côte depuis la série Mouche, remake français de Fleabag. Le tandem peint Thénardier en branquignols burlesques: lui, un lâche ridicule et dépendant; elle, cerveau stratégique de l’équipe. Leur dynamique s’éloigne de celle de Victor Hugo et crée des transitions étranges entre drame et comédie, moments où le film bascule du gênant au désopilant.
Un registre désorienté
Sur plus de trois heures, l’ouvrage oscille entre le pleurnicheur et le caricatural. Jean Valjean débite des punchlines façon Chuck Norris – « La loi, c’est moi » en figurant parmi les plus mémorables. Fantine, campée par Noémie Merlant, brille des yeux larmoyants. La mise en scène s’avère poussiéreuse. Paris d’époque semble trop aseptisé, jusque dans la propreté du pain. Les reconstitutions CGI et la profusion de figurants n’arrangent rien.
Cavayé reconnaît avoir accéléré la narration à la façon d’une série, pour livrer un récit choral. Les producteurs Richard Grandpierre (Le Pacte des Loups) et Olivier Delbosc (Les Rayons et les ombres) affirment préserver la « puissance romantique » du texte fondateur. Cette stratégie s’inscrit dans la vogue française d’adapter le patrimoine littéraire: Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo, tous deux mettant en scène Pierre Niney, ont drainé quelque 10 millions d’entrées en France. Avant de relancer le pari littéraire, l’industrie du cinéma français risque encore de trébucher.
