Street Fighter au cinéma mise davantage sur les blagues grivoles que sur les combats. Le film, sorti en octobre 2026, accumule les traits d’humour scatologiques au point d’éclipser les séquences d’action et de fragiliser le travail des acteurs.
Réalisé par Kitao Sakurai (ancien producteur de The Eric Andre Show), le film plonge les spectateurs dans Metrolao City, où le dictateur M. Bison organise un tournoi pour capturer Ryu, le combattant suprême, et aspirer son énergie vitale. Parallèlement, l’agent Chun-Li tente de s’infiltrer dans son organisation pour venger la mort de son père. Ryu, lui, s’est exilé des arts martiaux depuis le meurtre de son maître par Akuma, redoutant de succomber à la violence.
L’humour bascule en obsession corporelle
Le problème surgit dès le deuxième acte. Rarement deux minutes s’écoulent sans qu’un personnage ne commente un coup aux parties génitales, les cuisses de Chun-Li, l’apparence de Vega ou la beauté d’un adversaire. M. Bison en personne renifle les pieds de Chun-Li. Cette triplette zizi-fesses-fétichisme envahit le scénario et écrase les autres formes d’humour, pourtant mieux pensées.
La réalisation pêche aussi par une surcharge comique typée Marvel: dès qu’une scène devient sérieuse, Dan ou un autre personnage surgit pour briser la tension avec une blague déplacée. Blanka en exemplaire parfait: après une mise en scène efficace combinant force brute et décharges électriques, le réalisateur le montre se grattant les aisselles en gloussant “haha je sens la saucisse”. L’humour pure, sans connexion au personnage ni au contexte.
Des acteurs étouffés par un script mal pensé
Le casting se décarcasse, mais le script refuse de laisser respirer les interprétations. Callina Liang incarnant Chun-Li offre une performance convaincante quand le scénario cesse de la tirer en arrière. Andrew Koji (Ryu) et Noah Centineo (Ken Masters) trouvent une justesse réelle dans leur fraternité contrariée, révélant des couches de pathos – la quête intérieure de Ryu, la jalousie de Ken – que la réalisation refuse de cultiver.
Certains rôles secondaires tirent mieux leur épingle du jeu. Olivier Richters en Zangief sort directement du jeu vidéo. Andrew Schulz (Dan) et Eric André (le présentateur Don Sauvage) arrachent quelques sourires en tant que faire-valoir comique, bien qu’obligés de surenchérir pour percer à travers l’avalanche de vannes mitraillées sans finesse. Balrog (50 Cent) et Vega (Orville Peck) restent crédibles dans leurs brèves apparitions.
Guile, interprété par Cody Rhodes, pâtit d’un recalibrage inexplicable: transformé en bouffon au lieu de rester le soldat américain fier qu’il est dans le jeu, malgré une adéquation physique frappante de l’acteur au personnage original.
Un déséquilibre mortifère
Street Fighter parlait mieux avec les poings qu’avec les vannes. À force de prioriser l’humour brut sur la substance narrative, le film pèse sur la patience du spectateur et neutralise les efforts d’un casting motivé. La recette que Sakurai semblait promis à maîtriser – le délire Street Fighter sans filtres – s’est diluée dans un délayage comique.
