Eva Marie Saint, figure majeure du cinéma hollywoodien des années 1950, s’est éteinte à 102 ans, mardi 6 octobre, à Los Angeles. L’actrice avait marqué l’histoire du septième art en décrochant l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle dès son premier film, puis en incarnant l’une des héroïnes les plus emblématiques d’Alfred Hitchcock.
C’est une trajectoire qui en une décennie s’inscrit dans la légende. Newark, New Jersey, 4 juillet 1924: Eva Marie Saint naît dans une Amérique en pleine mutation culturelle. Elle découvre le théâtre à l’université, puis s’oriente vers la radio et la télévision newyorkaises quand le petit écran américain balbutie encore ses premiers pas. Elle se forme aux côtés des plus grands à l’Actors Studio, cet atelier fondé en 1947 par Elia Kazan qui devient le creuset du cinéma américain moderne.
Un Oscar au premier essai
En 1953, sa prestation à Broadway dans une pièce de théâtre retient l’attention de Kazan lui-même. Le cinéaste la pense immédiatement pour son film suivant. L’année d’après paraît Sur les quais, où elle tient face à Marlon Brando le rôle d’Edie Doyle, une femme dont le frère a été assassiné par la pègre contrôlant les dockers de New York. Le film balaie les récompenses: huit Oscars dont le meilleur film, le meilleur réalisateur pour Kazan, le meilleur acteur pour Brando. Eva Marie Saint reçoit la statuette de la meilleure actrice dans un second rôle. Elle rejoint ainsi le cercle extrêmement réduit des comédiennes à qui le prix revient lors de leur propre entrée au cinéma.
Hitchcock et la mythologie blonde
Cinq ans plus tard, en 1959, Alfred Hitchcock lui confie le rôle d’Eve Kendall dans La Mort aux trousses. À côté de Cary Grant, elle devient la femme séductrice mais énigmatique qui croise la route d’un publicitaire pris pour un espion et traqué par des agents secrets. Blonde platine, sophistiquée, Eve Kendall incarne exactement le type féminin que Hitchcock aime célébrer: une héroïne qui en sait bien plus qu’elle ne le laisse paraître. Le film, avec ses scènes mythiques de l’avion qui poursuit Grant et de la fuite au pied du mont Rushmore, devient l’un des classiques incontestés du cinéma américain.
Ces deux films ouvrent les portes. Elle tourne Exodus d’Otto Preminger en 1960 aux côtés de Paul Newman, puis L’Ange de la violence en 1962 sous la direction de John Frankenheimer avec Warren Beatty. Elizabeth Taylor et Richard Burton croisent sa route en 1965 dans Le Chevalier des sables.
Une présence discrète mais continue
Mariée en 1951 au réalisateur et producteur Jeffrey Hayden jusqu’à la mort de ce dernier en 2016, Eva Marie Saint s’éloigne progressivement du grand écran mais demeure visible à la télévision dès les années 1970, où elle accumule plusieurs nominations et remporte un Emmy Award en 1990. À partir des années 2000, elle revient au cinéma dans des rôles secondaires: elle interprète Martha Kent, la mère adoptive de Superman, dans Superman Returns de Bryan Singer en 2006. Une circonstance particulière réunit l’actrice et son ancien partenaire mythique puisque Marlon Brando apparaît dans le film via des archives posthumes.
Même après son retrait des tournages réguliers, Eva Marie Saint conserve le statut de figure respectée du cinéma américain. Les événements consacrés à l’histoire de Hollywood continuent de l’inviter. Elle meurt entourée des siens, à 102 ans.
