Le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev remporte le Grand Prix à Cannes avec Minotaure, un remake de La Femme infidèle de Claude Chabrol transposé dans la Russie de 2022. Le film, sorti en Suisse romande le 14 octobre 2026, utilise l’infidélité conjugale pour explorer la figure du patriarche cynique face à la guerre en Ukraine.
Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une belle propriété de province russe. Au moment de l’invasion de l’Ukraine, il perd progressivement ses collaborateurs et le maire exige qu’il fournisse quatorze employés pour la mobilisation militaire. Parallèlement, il découvre que sa femme, distante et détachée, le trompe avec un photographe. Plutôt que de se torturer, Gleb décide d’affronter le photographe.
Un cynisme sans morale
Zviaguintsev reprend la structure du film de Chabrol de 1969, mais transforme cette histoire conjugale en allégorie politique. Le personnage de Gleb incarne un homme autoritaire et pragmatique qui traite ses deux crises – professionnelle et personnelle – avec le même calcul glacial, sans remords ni hésitation. Il s’agit moins d’un mari jaloux que d’un propriétaire résolu à préserver ce qui lui appartient: son entreprise, son territoire, son épouse.
La métaphore du Minotaure
Le titre résonne avec une intention claire. Le Minotaure, créature mythologique dominée par ses instincts bruts, symbolise ici ce patriarche prêt à tout pour que rien ne change. En tissant l’omniprésence de la guerre – affiches d’appel à la mobilisation militaire, tension généralisée – au cœur de ce drame intime, le réalisateur livre une réflexion sombre sur la Russie. La mise en scène reste glacée, sans indulgence, refusant les raccourcis émotionnels.
Zviaguintsev, en exil, poursuit une filmographie déjà marquée par l’exploration du pouvoir et de ses abus: Le Bannissement, Elena, Léviathan. Minotaure confirme son regard impitoyable sur les structures hiérarchiques et les individus qui s’y assujettissent.
