Sony a confirmé en mai 2026 que ni la date ni le prix de la PlayStation 6 ne sont finalisés, invoquant une pénurie mondiale de mémoire comme obstacle majeur. Le président Hiroki Totoki a indiqué que les coûts des composants resteraient élevés jusqu’en 2027, repoussant potentiellement le lancement à 2028 ou au-delà, tandis que le géant japonais explore de nouveaux modèles économiques pour sa future console.
Une console qui n’existe pas encore vient de peser sur les résultats financiers de son fabricant. Lors de sa conférence de résultats du quatrième trimestre de l’exercice 2025, le 8 mai 2026, Sony a dû affronter les interrogations massives des investisseurs sur la next-gen PlayStation. Plutôt que de rassurer, la réponse du président Hiroki Totoki a levé le voile sur des obstacles concrets et durables.
L’aveu du calendrier incertain
Totoki a explicitement confirmé que ni le calendrier de lancement ni le prix de la PS6 n’avaient été finalisés. Ce qui pourrait sembler une prudence classique révèle en réalité une situation inconfortable: à peine sept mois avant cette conférence, en octobre 2025, Sony avait officiellement teasé sa prochaine console via une vidéo mettant en scène Mark Cerny, architecte historique des PlayStation, aux côtés de Jack Huynh, vice-président senior chez AMD. Entre l’annonce du concept et la confession d’incertitude, le fossé s’était creusé.
La raison invoquée: la pénurie mondiale persistante de mémoire. Or, Totoki a précisé un calendrier inquiétant. Les prix de la mémoire devraient rester élevés jusqu’en 2027, période durant laquelle les pénuries d’approvisionnement continueraient. Cette situation contraint Sony à « examiner attentivement ses prochaines étapes ». Autrement dit, même si l’entreprise voulait accélérer le lancement, les composants essentiels coûteraient prohibitif.
Les analystes parlent désormais d’un possible lancement reporté à 2028, voire au-delà. Si ce calendrier se concrétise, la génération PS5 – lancée en novembre 2020 – deviendrait l’une des plus longues de l’histoire de la marque, prolongeant significativement son cycle commercial.
Des modèles économiques exploités, des détails absents
Sony a néanmoins laissé filtrer une piste stratégique. Totoki a évoqué l’idée d’explorer de nouvelles méthodes de vente et de changer le modèle économique de la console. La PS6 ne serait donc pas nécessairement une machine vendue en boîte à prix fixe, selon le schéma classique. Abonnements, formules hybrides ou modèles de financement différents figurent sur la table – à titre de comparaison, des approches que concurrents comme Microsoft explorent déjà avec le Game Pass et les plans d’accès progressifs.
Cependant, aucun détail concret n’a filtré sur ces alternatives. Sony reste muet sur ce à quoi pourrait ressembler cette nouvelle approche commerciale, laissant les investisseurs et observateurs du marché dans l’expectative.
Le paradoxe de la PS5: plus éloignée la PS6, plus rentable la PS5
Pendant que la PS6 s’éloigne à l’horizon, la génération actuelle affiche des performances remarquables. Au quatrième trimestre seul, Sony a écoulé 1,5 million de PlayStation 5. Sur l’ensemble de son cycle, depuis son lancement en novembre 2020, la PS5 a atteint 93,7 millions d’unités vendues – un score qui consolide sa position de phare du groupe.
Sur l’exercice complet, les chiffres globaux du groupe atteignent des sommets historiques. Les ventes des activités poursuivies ont augmenté de 4 % pour atteindre 12 479,6 milliards de yens, un record, tandis que le résultat opérationnel a progressé de 13 % à 1 447,5 milliards de yens, également un record. La machine fonctionne à plein régime sur l’année.
Le quatrième trimestre isolé raconte toutefois une histoire différente. Le chiffre d’affaires a atteint 3 036 milliards de yens (environ 17,8 milliards d’euros), dépassant l’estimation des analystes à 2 896 milliards de yens. Mais le bénéfice opérationnel n’a atteint que 164 milliards de yens contre 278 milliards attendus. Plus préoccupant encore: les ventes de matériel sont tombées à 110 milliards de yens au quatrième trimestre, contre 183 milliards de yens sur la même période l’an dernier – un recul brut de plus de 40 %.
Sony compense cette faiblesse du matériel grâce à deux piliers: ses capteurs d’image et sa branche musicale, deux activités qui pèsent de plus en plus lourd dans l’équilibre financier du groupe.
La vraie transition: le tout-numérique accélère
C’est peut-être sur le terrain du numérique que se joue la véritable rupture, plus qu’en silicium pur. Au quatrième trimestre de l’exercice 2025, 85 % des ventes de jeux complets sur PS4 et PS5 étaient numériques, selon les annonces de Sony dans ses documents financiers. Ce taux massif a justifié, en retour, l’annonce d’un arrêt programmé des jeux physiques sur les plateformes PlayStation d’ici 2028.
Une coïncidence de calendrier qui n’en est probablement pas une: 2028, c’est l’année des estimations les plus pessimistes sur le lancement de la PS6. Sony semble synchroniser l’extinction du disque avec l’arrivée de sa machine suivante, une transition qui consolide sa stratégie digitale bien avant même que la nouvelle console ne franchisse les rayons.
Rassurer les marchés malgré l’incertitude
Pour l’exercice à venir, Sony refuse de laisser le flou sur la next-gen paralyser ses ambitions financières. Le groupe prévoit une hausse des profits à deux chiffres, avec un bénéfice net attendu en progression de 13 % à 1 160 milliards de yens, contre 1 030 milliards de yens réalisés pour l’exercice écoulé. Un signal clair adressé aux marchés: la PS6 attendra, mais les flux de trésorerie ne s’interrompront pas.
Sony a même annoncé un programme de rachat d’actions pouvant atteindre 500 milliards de yens sur l’année à venir, une décision qui vise à apaiser les investisseurs. Le titre du groupe a chuté d’environ 23 % depuis le début de 2026, et cette initiative de rachat constitue un geste de confiance envers les actionnaires échaudés. L’absence de nouvelle console n’est donc pas présentée comme un creux, mais comme une pause stratégique au service d’une rentabilité renforcée.
